#23 - La condamnation Ă  mort des EdTechs chinoises

Ou quand un régime agit sans prendre de pincettes face à un secteur devenu trop omniprésent...

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Si en France, les concours reprĂ©sentent le meilleur moyen d’accĂ©der aux institutions d’élite, en Chine, le simple accĂšs Ă  l’universitĂ© est soumisau gaokao, Ă©quivalent du baccalaurĂ©at oĂč il ne s’agit pas d’obtenir un 10 donnĂ© Ă  (presque) tout le monde, mais d’obtenir des meilleures performances que les autres pour obtenir la meilleure universitĂ© !

Mais comme en France, la réussite de ces concours conditionne une grande partie du devenir professionnel.

A tel point que les parents chinois dĂ©pensent des fortunes dans l’éducation de leurs enfants


Film Friday: 'American Dreams in China' perfectly captures the Chinese  dream – SupChina
Affiche du film “American Dream in China” qui relate l’histoire des fondateurs de New Oriental Education, leader du marchĂ© du soutien scolaire en Chine

Ce qui n’a pas plu au MinistĂšre de l’Eduation chinois qui a publiĂ© une note destinĂ©e Ă  corriger ce que le PrĂ©sident chinois XI Jinping qualifiait de “maladie chronique”, Ă  savoir les dĂ©boires de l’éducation en Chine.

Dans cette note, le point 13 est le plus important pour le secteur EdTech :

Adhere to strict examination and approval agencies. All regions no longer approve new subject-based off-campus training institutions for students in the compulsory education stage, and existing subject-based training institutions are uniformly registered as non-profit institutions. 

Toutes les EdTechs du marchĂ© K12 doivent dĂ©sormais ĂȘtre des institutions
 non-profit ! De plus, les cours de soutien pendant les week-ends et les vacances scolaires sont dĂ©sormais tout simplement interdits. De quoi allĂ©ger la charge mentale d’une jeunesse qui vit pour intĂ©grer la meilleure universitĂ©... mais aussi les portefeuilles des investisseurs qui investissaient dans ces valeurs toutes passĂ©es Ă  la guillotine !

Une décision motivée par des problÚmes démographiques

La Chine fait face Ă  une dĂ©mographie dĂ©clinante. Moult observateurs jugent que le pays sera devenu vieux avant d’ĂȘtre riche.

Les chiffres sont sans appel : si la Chine comptait 17 millions de naissances en 2016, ce chiffre est tombĂ© Ă  seulement 12 millions en 2020. Une des causes principales est la hausse incommensurable des dĂ©penses des parents en faveur de l’éducation de leurs enfants, qui reprĂ©sente 20% de leur budget total.

Alors que le gouvernement cherchait Ă  tout prix la croissance et de l’efficacitĂ© depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000, la folle hausse des inĂ©galitĂ©s a poussĂ© le gouvernement Ă  agir sans tarder contre l’une des premiĂšres causes de cette maladie chronique : les dĂ©penses de soutien scolaire. Et ce, mĂȘme si en 2016, il avait mobilisĂ© plus de 30 milliards de dollars en faveur des EdTechs !

Ce marchĂ©, gangrenĂ© par un marketing fallacieux, reprĂ©sente aujourd’hui plus de 120 milliards de dollars en Chine. 75% des Ă©lĂšves de 6 Ă  18 ans en bĂ©nĂ©ficient !

Un marché EdTech chinois condamné à mort

La transformation de ces institutions en non-profit, Goldman Sachs estime que le marchĂ© ne reprĂ©sentera plus que 24 milliards de dollars
 ce qui a amenĂ© la banque d’affaires amĂ©ricaine Ă  rĂ©duire ses valorisations des entreprises du secteur de 78% en moyenne. Les leaders du marchĂ© perdront la majoritĂ© de leur business :

  • New Oriental, numĂ©ro 1 du marchĂ©, se voit ainsi privĂ© de 62% de son business ;

  • le numĂ©ro 2 chinois, TAL Education, qui vient tout juste de se lancer dans des activitĂ©s en-dehors de ce pĂ©rimĂštre d’interdiction, perd quant Ă  lui 80% de son chiffre d’affaires.

  • la fraude GSX TechEdu (devenue GaoTu) a Ă©tĂ© la plus sanctionnĂ©e, -98% depuis ses sommets absurdes atteints par les achats de Bill Hwang d’Archegos aka l’homme qui a perdu 20 milliards en 48 heures !

Pour d’autres acteurs du marchĂ©, la sentence est similaire : toutes les valorisations ont plus que chutĂ©. En guise d’exemple, la sĂ©ance du 23 juillet a vu des milliards de dollars s’envoler :

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#4 Grandes promesses et fraudes : focus sur les EdTechs chinoises cotĂ©es en Bourse 🇹🇳
S’il y a un marchĂ© qui a compris toute la pertinence des EdTechs, c’est bel et bien celui asiatique. Le dĂ©veloppement Ă©conomique de cette rĂ©gion, le plus impressionnant depuis les lendemains de la Seconde Guerre mondiale, repose en partie sur l’importance accordĂ©e Ă  l’éducation. Et si vous voulez vous Ă©duquer quant aux EdTechs, le meilleur moyen reste d


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Des investisseurs spoliés

AttirĂ©s par la poule aux Ɠufs d’or que constitue l’éducation en Chine, les fonds d’investissement se sont ruĂ©s sur les valeurs du marchĂ©, qu’elles soient encore privĂ©es ou cotĂ©es en Bourse :

Parmi les investisseurs figurent de trĂšs grands noms : Warburg Pincus, SoftBank (lire cette revue), Carlyle, DST, etc.

Leurs investissements ne valent désormais plus grand chose
 Tout comme les tycoons milliardaires de la EdTech chinoise qui ont tous perdu ce statut.

Une sanction plus que logique pour des investisseurs qui espĂ©raient profiter d’un marchĂ© en surchauffe au dĂ©triment de la santĂ© mentale des Ă©tudiants.

Un rappel fĂ©cond aussi de la prĂ©Ă©minence des critĂšres ESG (Environnement, Social & Gouvernance) : investir dans l’éducation n’est pas une condition suffisante pour cocher toutes ces cases ! Si le discours ne suffit pas Ă  convaincre, les pertes qui s’élĂšvent en milliards de dollars achĂšveront de ce faire.

Une solution efficace ?

Les parents sont-ils satisfaits de ces mesures ?

Pas du tout !

Comme le reporte cet excellent article du FT, le gouvernement propose désormais des activités animées par des professeurs du public.

Dans une douzaine de villes, les parents peuvent dĂ©sormais confier leurs enfants dans des camps d’étĂ© sponsorisĂ©s par le gouvernement. La journĂ©e entiĂšre ne coĂ»te que 60 renminbis (8€), repas inclus.

Une solution loin de convaincre les parents. En cause : les étudiants ne travaillent pas toute la journée. Les programmes incluent du sport et des divertissements, ce que les parents, parfaits adeptes des préceptes de Pascal, abhorrent.

Une cheffe d’entreprise tĂ©moigne aprĂšs avoir payĂ© 11 000 Rmb (1 430€) pour deux semaines de cours intensifs d’anglais et d’écriture, qu’elle prĂ©fĂšre que son fils travaille au lieu de “bavarder avec ses camarades et jouer avec des pistolets Ă  eau”


Une mentalitĂ© de pression permanente qui semble aujourd’hui davantage dĂ©fendue par les parents ayant envie d’envoyer leurs enfants dans les meilleures universitĂ©s plutĂŽt que de leur assurer un dĂ©veloppement Ă©quilibré  Le secteur n’est pas (totalement) mort.

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Mehdi Cornilliet
@MCornilliet
CEO 2Empower

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