#3 đŸ‡ș🇾 Les EdTechs cotĂ©es en Bourse aux Etats-Unis

Principal marché mondial de l'enseignement supérieur et premier marché financier, le marché américain ne pointe qu'à la deuxiÚme place au niveau des EdTechs cotées !

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AprÚs un zoom la semaine derniÚre sur les entreprises EdTech européennes cotées en Bourse, il est temps de nous intéresser au plus grand marché financier au monde : celui américain.

Comme dans de nombreux secteurs technologiques, l’éducation ne constitue pas l’exception Ă  la rĂšgle selon laquelle les plus grandes entreprises technologiques ne sont pas situĂ©es en Europe.

En revanche, les technologies de l'éducation se distinguent des entreprises de l'éducation cotées (Laureate, Grand Canyon Education, etc.) par leur cÎté défensif. Elles n'ont guÚre été victimes du sell-off observé la semaine derniÚre sur les marchés, à l'inverse de leurs pairs brick and mortar.

Les EdTechs américaines demeurent des hypothÚses d'investissement intéressantes du fait d'une capitalisation encore faible comparée à leur taille de marché. Leurs performances depuis le début de l'année sont certes stratosphériques, mais ne reflÚtent pas encore totalement le gain de plusieurs années en termes de digitalisation permis par le coronavirus.

Volontairement, nous n’avons inclus que les entreprises purement amĂ©ricaines. Ainsi, les entreprises exerçant en Chine mais cotĂ©es sur le NASDAQ seront abordĂ©es la semaine prochaine et exclues de cette analyse.

Disclaimer : je suis actionnaire (de maniùre trùs modeste) à titre personnel de 2U, Chegg, K12 et Pluralsight, à hauteur de quelques centaines d’euros seulement. Ceci ne constitue en rien un quelconque conseil d’investissement. Bonne lecture !

đŸ‡ș🇾 Les EdTechs amĂ©ricaines cotĂ©es en Bourse

2U

Capitalisation boursiĂšre : 2,10 milliards de dollars

Prix d’une action : 32,83$

Chiffre d’affaires 2019 / RĂ©sultat net 2019 (perte) : 574,6M$ / (233,5M$)

Variation YTD (depuis le 01/01/2020) : +36,95%

Ceux qui me suivent sur Twitter en ont dĂ©jĂ  entendu parler maintes fois. 2U est une entreprise amĂ©ricaine qui a crĂ©Ă© des programmes en ligne en partenariat avec des grandes universitĂ©s amĂ©ricaines et qui retient une trĂšs grande partie du revenu ainsi gĂ©nĂ©rĂ© (environ 60%) en Ă©change de la fourniture de services complets de recrutement, de plateformes technologiques d'enseignement et d’interactions entre les Ă©tudiants.

12 ans aprĂšs sa crĂ©ation en 2008, 2U s’est imposĂ© comme leader incontournable de l’enseignement supĂ©rieur en ligne.

Son business model a convaincu toutes les plus grandes universitĂ©s anglophones au monde, qui prĂ©fĂšrent confier ce qu’elles ne maĂźtrisent pas Ă  des partenaires au lieu de les dĂ©velopper en interne, solution trĂšs souvent coĂ»teuse (par manque de synergie avec d’autres partenaires), et peu rentable.

Sans vergogne, les partenaires de 2U n’hĂ©sitent pas Ă  lui donner 60% des frais de scolaritĂ©, voire 70% pour les certifications, tant la croissance et la marge gĂ©nĂ©rĂ©e est forte pour les Ă©coles, dans le prolongement des rĂ©flexions du premier numĂ©ro de cette revue. Le dĂ©tail du partage des revenus est accessible ici : https://imgur.com/gallery/C3IERGH

2U a pu se dĂ©velopper aussi par le choix de la croissance externe afin d’enrichir son portefeuille de programmes. Le sud-africain GetSmarter, spĂ©cialiste des certifications en ligne, a Ă©tĂ© rachetĂ© par la firme amĂ©ricaine en 2017, pour un peu plus de 100 millions de dollars, tandis que l’un des leaders mondiaux des bootcamps, Trilogy, est passĂ© sous l’aile de la edtech en 2019 pour 750 millions de dollars. En guise de comparaison, la valorisation d’emlyon bs est de 250 million d’euros, trĂšs proche de celle de HEC Paris.

Ce business model, trĂšs favorable aux universitĂ©s, n’est pas du tout rentable Ă  l’heure actuelle. 2U creuse ses pertes d’annĂ©e en annĂ©e et le marchĂ© lui en tient rigueur. AprĂšs avoir flirtĂ© avec les 100$ en mai-juin 2018, son cours a Ă©tĂ© divisĂ© par 3 lors de la sĂ©ance du 1er aoĂ»t 2019, clĂŽturant sous les 13$.

2U pousse donc ses efforts dans le segment autrement plus rentable de l’Alternative Credential (tous les programmes n’allant pas jusqu’au degree), avec ou sans partenariat avec des grandes universitĂ©s :

Cependant, 2U fait partie des grands vainqueurs de la crise liĂ©e au Covid-19. L’entreprise a su adapter ses offres proposĂ©es aux universitĂ©s, qui ont gagnĂ© plusieurs annĂ©es de digitalisation en leur sein, en seulement 2 mois. Pour 2U, l’acceptation accrue de l’online education constitue une opportunitĂ© favorable au dĂ©veloppement de ses activitĂ©s.

Depuis, les marchĂ©s sont redevenus positifs quant au sujet de la firme : aprĂšs avoir Ă©tĂ© victime de la panique gĂ©nĂ©rale ayant mis au tapis la valorisation des small caps, 2U s’est largement redressĂ©e et a multipliĂ© son cours par prĂšs de trois par rapport Ă  son plus bas atteint en sĂ©ance, Ă  11,4$.

⚠ Attention : investir dans ce genre de valeurs est trĂšs volatil, et il faut avoir le cƓur bien accrochĂ©. Par exemple, lors de la sĂ©ance du 13 mars 2020, 2U a perdu prĂšs de 400 millions de dollars de capitalisation en seulement 2 heures, avant d’en retrouver une trĂšs bonne partie avant la clĂŽture, ce qui m’a fait immortaliser ce graphique intraday :

Chegg

Capitalisation boursiĂšre : 7,04 milliards de dollars

Prix d’une action : 56,90$

Chiffre d’affaires 2019 / RĂ©sultat net 2019 (perte) : 410M$ / (9,61M$)

Variation YTD (depuis le 01/01/2020) : +50,09%

Vous connaissez probablement Pearson ? Voici ce qui devait ĂȘtre son Ă©quivalent 100% digital ! Chegg fait 12 fois moins de chiffre d’affaires, a perdu 9,6M$ en 2019 contre un gain de 337M$ pour Pearson, mais vaut 30% de plus !

Créée en 2005 par plusieurs étudiants, Chegg a commencé par trois verticales :

  • recherche de bourses Ă©tudiantes ;

  • plateforme de recrutement focalisĂ©e sur les stages ;

  • prĂ©paration aux processus d’admission des universitĂ©s.

En 2007, Chegg adopte un positionnement inspirĂ© de Netflix, sur le marchĂ© des livres de cours, souvent trĂšs chers aux États-Unis, oĂč les prix explosent.

Price Changes Over the Last 20 Years Prove the Economy is Rigged

Si l’étudiant français peut se plaindre de devoir acheter un Vernimmen Ă  63€, un Ă©tudiant amĂ©ricain dĂ©pense en moyenne plus de 100$ pour un manuel dĂ©diĂ© Ă  la mĂȘme discipline.

Chegg a prospĂ©rĂ© grĂące Ă  son systĂšme de location d’ouvrages, qui lui ont ouvert la voie vers la fourniture d’autres services auprĂšs des Ă©tudiants, Ă  tel point que son business historique ne reprĂ©sente plus qu’une petite partie de ses activitĂ©s, allant du tutorat aux bootcamps grĂące Ă  Thinkful, rachetĂ© pour 80M$.

Aujourd’hui, l’essentiel de sa croissance est captĂ©e par les services additionnels, et Chegg s’est mĂ©tamorphosĂ©e en vĂ©ritable EdTech. Son business historique de Required Materials est stable depuis 2015, comme l’indique sa rĂ©partition des revenus.

C’est cette croissance qui attire les investisseurs, et qui fait que l’entreprise vaut aujourd’hui plus en Bourse qu’un Pearson, que la crise du coronavirus a fragilisĂ© fortement. L’intervention de Dan Rosenweig, CEO de l’entreprise au sein du talk-show Mad Money de Jim Cramer vaut le dĂ©tour !

L’entreprise est l’une de celles qui enregistre la plus forte progression au NASDAQ depuis le dĂ©but de l’annĂ©e. RĂ©guliĂšrement citĂ©e comme valeur fĂ©tiche par de nombreux intervenants de marchĂ©, elle a plus que doublĂ© son cours depuis le 18 mars, son point bas de l’annĂ©e.

C'est en sortant de ce pur objectif de concurrencer l'historique Pearson que Chegg a rĂ©ellement rĂ©ussi sa mue afin de devenir une entreprise qui pĂšse aujourd'hui 7,04 milliards de dollars en Bourse. Pour se donner un ordre d’idĂ©es, il s’agit d’une capitalisation boursiĂšre Ă©quivalente Ă  la somme de : LagardĂšre (1 752M$), Rothschild & Co (1 643M$), M6 (1 469M$), TF1 (1 211M$) et Fnac Darty (1 008M$) !

K12

Capitalisation boursiĂšre : 992 millions de dollars

Prix d’une action : 24,22$

Chiffre d’affaires 2019 / RĂ©sultat net 2019 : 1 015 M$ / 37,2M$

Variation YTD (depuis le 01/01/2020) : +19,02%

K12 s’adresse, comme son nom l’indique, au K-12, segment couvrant l’équivalent de l’enseignement jusqu’à la Terminale. L’entreprise offre des services d’école en ligne Ă  destination de jeunes scolarisĂ©s Ă  domicile. K12 travaille aussi avec des Ă©coles en soutien de leurs activitĂ©s Ă  travers une offre trĂšs complĂšte :

Depuis peu, l’entreprise s’est attelĂ©e Ă  diversifier ses activitĂ©s afin de continuer Ă  accompagner les Ă©tudiants au-delĂ  de l’enseignement secondaire. A travers, ses marques Destinations Career Academy et Galvanize, K12 s’adresse au marchĂ© de la Career Readiness :

Destinations Career Academy ambitionne de dĂ©livrer des formations dans cinq principales disciplines : technologies de l’information, mĂ©decine & soins, administration des affaires, industrie manufacturiĂšre et agro-alimentaire.

Galvanize, quant à elle, est une entreprise rachetée par K12 pour 165 millions de dollars. Elle dispose de trois lignes de business clairement définies :

  • Consumer Education : bootcamps d’apprentissage en data science et au code, Ă  suivre en prĂ©sentiel, blended ou totalement en ligne ;

  • Enterprise Training : programmes crĂ©Ă©s sur-mesure pour des entreprises, workshops de travail autour des problĂ©matiques rencontrĂ©es par les entreprises (Boeing, Cognizant, Ally, BP, IBM, McKesson, etc.) ;

  • Espaces de coworking : au-delĂ  d’une simple location, Galvanize offre Ă©galement du mentorat Ă  ses membres et organise de nombreux Ă©vĂ©nements. J’ai pu dĂ©couvrir un de ces espaces lors du tournage d’un documentaire sur l’entrepreneuriat que j’ai co-rĂ©alisĂ© avec un ami de promo (Ă  partir de 31:03) :

Fort logiquement, K12 fait partie des entreprises qui ont pu accĂ©lĂ©rer leur dĂ©veloppement grĂące au coronavirus. Son service a Ă©tĂ© utilisĂ© par des milliers d’écoles. Depuis 2020, plus de 1200 professeurs ont bĂ©nĂ©ficiĂ© d’une formation Ă  l’enseignement secondaire en ligne par K12.

Aujourd’hui, K12 cĂ©lĂšbre ses Ă©tudiants virtuellement Ă  travers l’initiative #K12Grad sur Twitter, invitant ses jeunes diplĂŽmĂ©s Ă  partager des photos en tenue !

Son cours de Bourse est stable depuis une dizaine d’annĂ©es :

Pluralsight

Société - PLURALSIGHT

Capitalisation boursiĂšre : 2,57 milliards de dollars

Prix d’une action : 17,95$

Chiffre d’affaires 2019 / RĂ©sultat net 2019 (perte) : 317M$ / (112,7M$)

Variation YTD (depuis le 01/01/2020) : +4,30%

C’est la EdTech cotĂ©e en Bourse la moins liĂ©e au systĂšme classique de l’enseignement. Il s’agit d’une plateforme de formation aux mĂ©tiers de la tech. Pluralsight profite du fait que les dĂ©veloppeurs doivent constamment se former, au risque d’ĂȘtre obsolĂšte en 18 mois.

MarchĂ© de 42 milliards de dollars aujourd’hui, l’enseignement en ligne devrait gĂ©nĂ©rer 300 milliards en 2025. Initialement basĂ©e sur des formations physiques en 2004, Pluralsight entend jouer un rĂŽle majeur au sein de ce marchĂ©, qu’elle occupe depuis 2007, avec des formations enseignĂ©es par plus d’un millier d’instructeurs, experts dans chacun de leur domaine.

AprĂšs neuf annĂ©es sans financement extĂ©rieur, Pluralsight s’est ouvert aux investisseurs externes fin 2012. Sa croissance lui a permis de rĂ©unir 135 millions de dollars en 2014 avant d’entrer en Bourse en 2018.

Suite Ă  un pivot du segment B2C vers le segment B2B, 88% de son chiffre d’affaires provient de ses 18 000 entreprises clientes, dont 70% des entreprises du Fortune 500. En effet, Pluralsight offre une combinaison de formation continue et de mesure des compĂ©tences tech des Ă©quipes (avec le Skill IQ), ce qui fait de son offre un must-have pour les entreprises au fait des Ă©volutions des compĂ©tences de leurs collaborateurs.

Les autres entreprises cotées :

L’éditeur Houghton Mifflin Harcourt Learning Technology, un des 5 premiers publishers au niveau mondual, peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme une des toutes premiĂšres entreprises EdTech au monde, si l’on considĂšre que l’enseignement par CD-ROM dĂ©veloppĂ© par Riverdeep correspondait effectivement aux premiĂšres technologies de l’éducation. Son histoire est assez incroyable, et l’article Wikipedia sur Barry O’Callaghan, qui, par le biais d’acquisitions a fait du petit Ă©diteur irlandais un leader mondial qui s’est finalement brĂ»lĂ© les ailes est trĂšs instructif !

L’éditeur Wiley initie aussi une forte vague de croissance externe pour rester pertinent, nous analyserons sa stratĂ©gie plus tardivement.

Enfin, Instructure a Ă©tĂ© rachetĂ© par le meilleur fonds de Private Equity d’aprĂšs HEC et Dow : ThomaBravo. Une acquisition survenue juste avant la crise du Covid-19, qui a fortement boostĂ© l’activitĂ© de l’entreprise, trĂšs peu connue sous son nom propre, mais bien plus grĂące Ă  celui de son produit phare : le LMS Canvas.

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A trĂšs vite et bonne semaine !

Mehdi

CEO 2Empower